Cycle 2017 / 2018

Programme des conférences

Cher(e) ami(e),                                                  

                         

 Agora est heureuse de vous présenter son programme de conférences pour la saison 2017-2018 et espère qu’il pourra retenir votre attention.                         

Nous souhaitons vivement pouvoir (continuer à) vous compter au nombre de nos adhérents : en effet, à l’heure où les collectivités territoriales mesurent de plus en plus chichement leur soutien aux associations comme la nôtre, seul votre engagement pourra nous permettre de continuer de faire vivre à Orange un espace ouvert à la réflexion rigoureuse et à la discussion rationnelle.

En outre l’adhésion à Agora vous offrira l’avantage d’un accès gratuit aux conférences, l’assurance d’une information régulière et la faculté de participer à la fixation des activités et des orientations de l’association.

                                 A très bientôt pour de nouvelles aventures philosophiques.

                                 Agoraphiliquement vôtre,

            Le président : Serge Tziboulsky

 François Cusset :  Le terrorisme et son obsession médiatique font écran, nous empêchant de penser l'essentiel : le face à face décisif, en ce début de millénaire, entre une violence systémique inédite, largement invisible et sans recours, et une violence subjective aux formes nouvelles, et aux catharsis mal contrôlées. Derrière l'écran, on trouvera donc le capitalisme radicalisé, ses guerres totales, les désarrois de tous, l'injustice des structures, l'effacement des minorités, les tragédies de la migration. Vaste programme.

   Editeur, traducteur, chercheur en histoire intellectuelle et politique, chroniqueur et essayiste en histoire des idées, François Cusset est professeur d'études américaines à l'Université de Paris Ouest Nanterre. Il a vécu dix ans à New York, où il a notamment dirigé le Bureau du Livre Français. Parmi ses principales publications : « Queer Critics: la littérature française déshabillée par ses homo-lecteurs »(PUF, 2002), « French Theory: Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis » (La Découverte, 2003, traduit en dix langues), « La Décennie: le grand cauchemar des années 1980 » (La Découverte, 2006) , « Contre-discours de Mai. Ce qu’embaumeurs et fossoyeurs de 68 ne disent pas à ses héritiers » (Actes Sud, 2008), « À l’abri du déclin du monde », roman (POL, 2012), « Une histoire (critique) des années 90 »(dir. ; La Découverte, 2014), « Les Jours et les jours », roman (POL, 2015)

Marielle Macé  : Une guerre des « nous » — nous et pas vous, nous et pas eux : c'est ainsi que s'énonce souvent aujourd'hui la question politique. Mais que dit-on lorsque l'on dit « nous » ?  Il s'agit moins de savoir « qui » est « nous » (qui sont ces « nous », qui est dedans, qui est dehors), que de se demander ce qui nous rassemble et ce qui nous divise, d'observer ce qui favorise la formation de sujets collectifs ou au contraire ce qui saccage cette formation : autrement dit, de se demander non pas de quelles identités, mais de quels liens, de quelle intensité de liens nous sommes capables.

 

   Directrice de recherche au CNRS Marielle Macé enseigne la littérature à l'EHESS, et est notamment l'auteur de : « Façons de lire, manières d'être » (Gallimard, 2011), « Styles. Critique de nos formes de vie » (Gallimard, 2016), « Sidérer, considérer. Migrants en France, 2017 » (Verdier, 2017). Ses livres prennent la littérature pour alliée dans la compréhension de la vie commune. Ils font des manières d’être et des façons de faire l’arène même de nos disputes et de nos engagements. Membre du Conseil de rédaction de la revue Critique, elle en a dirigé le numéro 841-842 (juin-juillet 2017) qui a pour titre « NOUS ».

Isabelle Queval :    Comment penser l’effort aujourd’hui ? Le thème peut sembler banal et suranné. Banal, car, depuis toujours, nous sommes enjoints à « faire des efforts », dans des domaines très variés de l’existence. Banal aussi, parce que le thème revient régulièrement dans l’actualité, lorsqu’il s’agit de déplorer le « manque d’efforts » des « jeunes générations » ou la perte du « goût de

l’effort», à l’école notamment. Ainsi, l’effort serait requis partout, et pourtant perdu. Mais de quoi parle-t-on :  de l’effort physique, démonstratif, ou de l’effort intellectuel, intériorisé ? L’effort permettrait le progrès. Oui, mais lequel ? À quel prix, à quelles fins ? Faut-il nécessairement se dépasser, « s’arracher », pour être heureux ? À qui profite donc l’effort ?

  Maîtresse de conférences en Sciences de l’éducation à l’Université de Paris, chercheure au Centre de recherche sur les liens sociaux, chercheure associée au Centre Edgar Morin, ancienne sportive de haut niveau (équipe de France de tennis) et professeure diplômée d’État de tennis., Isabelle Queval travaille sur  une anthropologie culturelle des pratiques corporelles et de la santé, ainsi que sur l’épistémologie des modèles éducatifs et techniques du corps (perfectibilité, bien-être et performance). Elle étudie en particulier l’impact des Lumières sur la postérité de ces thèmes, dans l’éducation, l’éducation physique, le sport et la médecine. Principales publications : « S’accomplir ou se dépasser, essai sur le sport contemporain » (Gallimard, 2004) ; «  Le corps aujourd’hui (Gallimard, Folio Essais, 2008, « Le sport - Petit abécédaire philosophique (Larousse, 2009) ; Philosophie de l’effort (éd. Cécile Defaut, 2016) ; Du souci de soi au corps augmenté. Essai sur le corps entraîné, dopé, appareillé (Transvalor – Presse des Mines, 2016)

Véronique Le Ru :     Cette conférence nous invitera à entrer dans une salle d’attente où sont disposés trois fauteuils : le fauteuil cartésien, qui offre ses bras à l’être humain conçu comme union de la pensée et du corps ; le fauteuil essentialiste qui offre ses bras à l’être humain présenté comme une entité, certes prise dans un devenir, dans un vieillissement, mais posée en majesté comme l’être ; enfin le fauteuil, où l’on questionne ce qui se tisse entre la pensée et le corps de la personne qui vieillit, fauteuil si bancal qu’on évite la plupart du temps de s’y installer. C’est pourtant dans ce siège inconfortable que se noue tout le sens affectif et intellectuel de la vie individuelle et de l’histoire du moi.

Maîtresse de conférences en philosophie à l’université de Reims, Véronique Le Ru est spécialiste de l’âge classique et de philosophie des sciences. Elle a publié, notamment : « Jean Le Rond d’Alembert philosophe (Vrin, 1994), « La crise de la substance et de la causalité. Des petits écarts cartésiens au grand écart occasionaliste » (CNRS éd. 2003), « Voltaire newtonien » (Vuibert-Adapt, 2005), « Subversives Lumières : l’Encyclopédie comme machine de guerre » (CNRS éd. 2007), « La Vieillesse. De quoi avons-nous peur ? » (Larousse, 2008), « La Science et Dieu. Entre croire et savoir » (Vuibert-Adapt, 2010), Le Temps, la plus commune des fictions » (PUF, 2012), « L’Individu dans le monde du vivant » (Mimesis, 2016)

Marc Lebiez :    Dans le domaine des techniques, le progrès est incontestable et constant car on ne cesse de corriger les insuffisances constatées. La question est de savoir dans quelle mesure la certitude de toujours progresser peut s'appliquer à d'autres domaines que la technique. En partie à cause de la fascination exercée par les progrès techniques, notre époque en est venue à faire de l'innovation un des traits caractéristiques de la modernité. Moderne et nouveau sont sentis comme synonymes. Or une réflexion sur l'histoire de la pensée occidentale amène à disjoindre ces deux concepts : ce n'est pas toujours en recherchant la nouveauté à tout prix que l'on a accompli les avancées les plus décisives. A preuve les bien nommés "Temps modernes".
   
Conseiller hors-classe au Sénat (chargé de la rédaction et de la publication des débats parlementaires de la Haute assemblée), Marc Lebiez est philosophe et helléniste. Il a collaboré à La Quinzaine littéraire, il collabore aux revues En attendant Nadeau, Les Temps Modernes et Critique. Il s'intéresse, notamment à l'école gnostique des premiers temps du christianisme et au néoplatonisme. Il a publié, notamment : Eloge d’un philosophe resté païen. Proclos (412-485) (L’Harmattan, dernière éd. 2000), Le Congrès de Bologne, roman (L’Harmattan, dernière éd. 2003), Décadence et Modernité, Tome 1 : Homère (L’Harmattan, 2003), Tome 2 : Les Premiers temps modernes (Kimé, 2008) ; avec Edgar Pisani (dir.) : Une politique mondiale pour nourrir le monde (Springer, 2008) ; Œdipe athée. Les hommes abandonnés par les dieux (L’Harmattan, 2016) ; Le Culte du nouveau. La gnose dans la modernité (Kimé, 2017).

Judith Revel :    Au milieu des années 1970, le philosophe Michel Foucault propose de repérer une transformation conséquente dans la rationalité de gouvernement, au tournant du XVIIIe siècle et du XIXe siècle. Alors que l'exercice de la souveraineté se caractérisait selon lui par un pouvoir de vie et de mort sur les sujets ("Faire mourir et laisser vivre"), le nouveau pouvoir qui émerge avec la fin de l'Ancien Régime, semble obéir à une rationalité nouvelle dont la formule pourrait au contraire être " Faire vivre et laisser mourir". "Faire vivre et laisser mourir", affirmation de la valeur de la vie comme enjeu de gouvernement : une rationalité dans laquelle nous avions appris à nous reconnaître.

   Nous faisons aujourd'hui l'hypothèse qu'une nouvelle rationalité est en train d'émerger, et qu'elle s'affirme de manière spécifique dans la gestion flux de migrants qui arrivent en Europe. Sa formulation pourrait en être :  "Ne pas faire vivre et laisser mourir". Comment expliquer cette nouvelle rationalité ? On tentera de montrer qu'elle est le fruit d'une série de modifications qui affectent profondément notre rapport à l'idée même du politique.

   Judith Revel est professeure de philosophie contemporaine à l'université Paris-Nanterre, et membre du laboratoire Sophiapol (Philosophie, anthropologie et sociologie du politique). Elle s'intéresse aux représentations du politique et de l'histoire et travaille essentiellement sur des auteurs français et italiens postérieurs à 1945 pour comprendre de quelle manière certaines catégories politiques de la modernité sont susceptibles d'être reformulées à la hauteur de notre présent.

Derniers livres parus : « Michel Foucault. Une pensée du discontinu » (Fayard / Mille et une nuits, 2010); « Dictionnaire politique à l'usage des gouvernés » (avec Guillaume le Blanc, Fabienne Brugère et alii, Bayard, 2012) ; « Foucault avec Merleau-Ponty. Ontologie politique, présentisme et histoire » (Vrin, 2015).

Virginie Spies :    Quel que soit notre âge ou notre niveau d’étude nous avons tous affaire aux médias numériques : qu’il s’agisse de regarder des vidéos sur Internet, de retrouver ses amis sur Facebook, Instagram ou de s’informer via Twitter, le numérique fait partie de nos vies. Il y a désormais une urgence : l’éducation aux médias numériques pour tous. Cette conférence se propose d’évoquer les pistes et solutions pour que chacun puisse s’emparer de ce projet. En réfléchissant à la manière dont cette éducation aux médias numériques peut être pensée pour être adaptée à chacun, en se posant la question du lien entre pratique et théorie, la question de l’éducation aux médias est d’abord celle de la citoyenneté et du vivre ensemble.

    Maîtresse de conférences à l’université d’Avignon et auteure d’ouvrages sur la télévision, Virginie Spies est sémiologue des médias et travaille actuellement sur la télévision et les réseaux sociaux. Auteur et metteur en scène de théâtre (Une télé presque parfaite jouée au festival d’Avignon en 2016 et 2017 à la bibliothèque Ceccano), elle est aussi co-auteur avec Guillaume Hidrot de la chaîne Youtube Des médias presque parfaits    virginie.spies@univ-avignon.fr
YouTube - « Des médias presque parfaits » http://bit.ly/2h5ZJJD 

Chantal Mouffe :    Dans cette conférence on examinera les raisons pour lesquelles nous assistons aujourd'hui à un « moment populiste » avec l'émergence de mouvements qui construisent la frontière politique sous le mode d'une opposition entre « le peuple » et « l'establishment ». On défendra l'idée qu'il s'agit d'une forme de résistance à la « post-démocratie », qui est la conséquence de l'hégémonie néo-libérale. Ces résistances peuvent être articulées à travers des vocabulaires très différents et c'est là que se situe la différence entre le populisme de droite et le populisme de gauche.

   Née à Charleroi, en Belgique, Chantal Mouffe est une philosophe politique, professeure au département de sciences politiques et des relations internationales de l'université de Westminster, à Londres. Elle s'inscrit dans le courant de pensée post-marxiste.  Sa réflexion s'articule principalement autour de l'idée de démocratie radicale, et des concepts de démocratie plurielle et de pluralisme agonistique. Elle a fait paraître en français : « Le politique et ses enjeux. Pour une démocratie plurielle » (La Découverte/MAUSS, 1994) ; « Quelle citoyenneté pour quelle démocratie ? conférence-débat avec l'Association Démosthène » (Éd. Démosthène, 1997) ; avec Ernesto Laclau : « Hégémonie et stratégie socialiste : Vers une démocratie radicale »  (Les Solitaires Intempestifs, 2009) ; « Agonistique : Penser politiquement le monde » (Beaux-Arts de Paris éditions, 2014) ; « Le Paradoxe démocratique » ( Beaux-Arts de Paris éditions, 2016) ; « L'Illusion du consensus » (Albin Michel, 2016 ;  avec  Iñigo Errejon : « Construire un peuple, pour une radicalisation de la démocratie » (Les éditions du Cerf, 2017)

age, et pourquoi le conspirationnisme est irrationnel ou faux. 

Dominique Lestel est maître de conférences en philosophie contemporaine au sein du département de philosophie de l’ENS (rue d’Ulm), chercheur associé au Muséum National d’Histoire Naturelle (dont il dirige l’équipe Eco-éthologie et éthologie cognitive), Visiting Professor à l’Université de Technologie et d’Agriculture de Tokyo et chercheur aux Archives Husserl de Paris. Il développe une « éthologie philosophique » qui explore les « intoxications conjointes de l’humain et du non humain ». Il s’inscrit dans un courant qui trouve sa source dans le travail du philosophe napolitain du 18ème siècle Giambattista Vico et dans celui de penseurs plus contemporains comme Isabelle Stengers ou Francesco Varela. Il cherche à développer une « philosophie de terrain » très influencée par David Thoreau, les philosophes environnementalistes scandinaves (Arne Naess), américains (Paul Shepard) et australiens (Val Plumwood) et des philosophes non universitaires comme Günther Anders. Il travaille actuellement sur 3 sujets sensiblement différents : le Zoo-futurisme, les enjeux philosophiques de la robotique existentielle et la question végane dans le contexte du réarmement moral contemporain. Sa conférence portera sur l’un de ces trois thèmes.

Il a publié : « Paroles de singes. L'impossible dialogue homme-primate (La Découverte, 1995) ; « L'Animalité. Essai sur le statut de l'humain (Hatier, 1996, rééd. Cahiers de L’Herne, 2002) ; « Les Origines animales de la culture » (Flammarion,2001 ; coll. « Champs », 2009) ; « L’Animal singulier » (Seuil, 2004 ; « Les Grands Singes. L'Humanité au fond des yeux (avec Pascal PicqVinciane Despret et Chris Herzfeldéd. Odile Jacob, , 2005) ; « Les Animaux sont-ils intelligents ? » ( Le Pommier,  2006) ; « Les Amis de mes amis », ( Seuil,  2007) ; « L'Animal est l'avenir de l'homme Munitions pour ceux qui veulent (toujours) défendre les animaux» (Fayard,  2010) ; « Apologie du carnivore » (Fayard, 2011) ; « Voyage au bout de l'humain (avec Thierry Bardini ;  DisVoir 2012). « À quoi sert l'homme ? » (Fayard, 2015).

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