Cycle 2018 / 2019

Programme des conférences

Cher(e) ami(e),                                                  

                         

 Agora est heureuse de vous présenter son programme de conférences pour la saison 2018-2019 et espère qu’il pourra retenir votre attention.                         

Nous souhaitons vivement pouvoir (continuer à) vous compter au nombre de nos adhérents : en effet, à l’heure où les collectivités territoriales mesurent de plus en plus chichement leur soutien aux associations comme la nôtre, seul votre engagement pourra nous permettre de continuer de faire vivre à Orange un espace ouvert à la réflexion rigoureuse et à la discussion rationnelle.

En outre l’adhésion à Agora vous offrira l’avantage d’un accès gratuit aux conférences, l’assurance d’une information régulière et la faculté de participer à la fixation des activités et des orientations de l’association.

                                 A très bientôt pour de nouvelles aventures philosophiques.

                                 Agoraphiliquement vôtre,

            Le président : Serge Tziboulsky

 Albert Ogien : Dans les démocraties avancées, le sentiment est largement partagé que la politique est devenue le domaine réservé d’un milieu de professionnels qui en a fait son métier, en écartant les citoyen.ne.s de la délibération et de la décision en matière d’affaires publiques. Ce sentiment alimente un paradoxe : on affiche la volonté de renouer le lien entre dirigeants et citoyen.ne.s (par la participation, la délibération ou la transparence) tout en entretenant la conviction qu’accroître leur pouvoir est une démarche irréaliste, néfaste voire dangereuse.

Au cœur de ce paradoxe se trouve un doute : les citoyen.ne.s ordinaires disposent-ils vraiment de la capacité politique nécessaire pour se voir confier  la responsabilité des décisions qui engagent l’avenir et le destin de la collectivité ? Jouant de ce scepticisme, la pensée de l’antidémocratie défend l’idée selon laquelle la compétence des administrateurs et des gestionnaires de la chose publique est supérieure à celle des gens ordinaires et justifie le pouvoir qu’exercent ceux et celles qui se sentent destiné.e.s à diriger sur ceux et celles qui sont voué.e.s à vivre une vie d’assujettis.

Ce sont les différentes manières dont cette pensée se manifeste que la conférence cherche à identifier pour en faire la critique.

Sociologue, Albert Ogien est directeur de recherches émérite au CNRS et directeur de l’Institut Marcel Mauss de l’EHESS. Ses travaux portent aujourd’hui sur trois thèmes : l’extension et les effets du phénomène gestionnaire dans l’organisation de l’activité de gouvernement et dans la définition de l’action publique ; l’analyse des mouvements de protestation politique extra-institutionnelle (rassemblements et occupations de places, contestations des pouvoirs, mobilisations transnationales, insurrections civiles, activisme informatique, désobéissance civile, création de nouveaux partis) qui se développent actuellement ; le développement d’une démarche de sociologie analytique, qui exige un travail théorique  et une réflexion méthodologique.

 Quelques publications récentes :
2017 : avec Sandra Laugier, Antidémocratie, La Découverte.

2014 : avec Sandra Laugier, Le Principe démocratie. Enquête sur les nouvelles formes du politique, La Découverte.

2013 : Désacraliser le chiffre dans l’évaluation du secteur public, Quae

2012 : Sociologie de la déviance, PUF

2011 : avec Sandra Laugier, La désobéissance civile, La Documentation française
avec  Sandra Laugier, 
Pourquoi désobéir en démocratie ? La Découverte, 2010 (nouvelle édition en poche, 2011)

2009 : Les formes sociales de la pensée. La sociologie après Wittgenstein, Armand Colin

En partenariat avec l’Ecran magique.

Ludivine Bantigny : L’événement 1968 est pétri de projets et d’inventivité, par tout ce qui a été imaginé de grand et de petit pour réellement « changer la vie » – on n’oubliera pas que ces mots étaient de Rimbaud. Faut-il parler de révolution ? L’espérance révolutionnaire irrigue en tout cas la grève avec occupations en bien des lieux, comités de quartier et comités d’action, rassemblements et assemblées. Les projets d’émancipation conçus à la faveur de ce temps en suspens expriment la société telle qu’elle est et proposent l’esquisse d’un monde différent : parfois avec humilité, par les visées modestes d’une réforme quotidienne ; parfois avec exaltation, dans l’ambition et la passion révolutionnaires. Il importe d’y voir des utopies concrètes, lieux de pratique et de pensée perçus comme différents mais possibles, accessibles et non pas lunaires, toujours évoqués en partant du présent. Le rêve et la grève s’avèrent complémentaires ; ils activent une créativité politique et critique.   

Ludivine Bantigny, ancienne élève de l'Ecole normale supérieure (Ulm), agrégée et docteur en histoire, maîtresse de conférences à l’Université de Rouen. Chercheuse au GRHIS (Groupe de recherche en histoire - université de Rouen) ; responsable du master Sciences historiques de l'université de Rouen ; Chercheuse associée au Centre d’histoire de Sciences Po Paris.
Quelques publications récentes :
2018
 : De grands soirs en petits matins. L'événement 1968Seuil, 
2015 : La société française, de 1945 à nos jours, La Documentation française (avec Jenny Raflik et Jean Vigreux),
2013 : La France à l’heure du monde, De 1981 à nos jours, Seuil,
2011 : Hériter en politique. Filiations, générations et transmissions politiques (Allemagne-France-Italie,19ème -21ème siècles), PUF (co-dir avec Arnaud Baubérot),
2009 : Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France (XIXe-XXIe siècles),  PUF (co-dir avec Ivan Jablonka)
2007 : Le plus bel âge ? Jeunes et jeunesse en France de l’aube des Trente Glorieuses à la guerre d’Algérie, Fayard. 

Judith Revel :   Au milieu des années 1970, le philosophe Michel Foucault propose de repérer une transformation conséquente dans la rationalité de gouvernement, au tournant du XVIIIe siècle et du XIXe siècle. Alors que l'exercice de la souveraineté se caractérisait selon lui par un pouvoir de vie et de mort sur les sujets ("Faire mourir et laisser vivre"), le nouveau pouvoir qui émerge avec la fin de l'Ancien Régime, semble obéir à une rationalité nouvelle dont la formule pourrait au contraire être " Faire vivre et laisser mourir". "Faire vivre et laisser mourir", affirmation de la valeur de la vie comme enjeu de gouvernement : une rationalité dans laquelle nous avions appris à nous reconnaître.

Nous faisons aujourd'hui l'hypothèse qu'une nouvelle rationalité est en train d'émerger, et qu'elle s'affirme de manière spécifique dans la gestion flux de migrants qui arrivent en Europe. Sa formulation pourrait en être :  "Ne pas faire vivre et laisser mourir". Comment expliquer cette nouvelle rationalité ? On tentera de montrer qu'elle est le fruit d'une série de modifications qui affectent profondément notre rapport à l'idée même du politique.

Judith Revel est professeure de philosophie contemporaine à l'université Paris-Nanterre, et membre du laboratoire Sophiapol (Philosophie, anthropologie et sociologie du politique). Elle s'intéresse aux représentations du politique et de l'histoire et travaille essentiellement sur des auteurs français et italiens postérieurs à 1945 pour comprendre de quelle manière certaines catégories politiques de la modernité sont susceptibles d'être reformulées à la hauteur de notre présent.

Derniers livres parus :
2015 : Foucault avec Merleau-Ponty. Ontologie politique, présentisme et histoire (Vrin),
2012 : Dictionnaire politique à l'usage des gouvernés (avec Guillaume le Blanc, Fabienne Brugère et alii, (Bayard),
2010 : Michel Foucault. Une pensée du discontinu (Fayard/Mille et une nuits)

Gérard Bras :    Le nom de peuple est des plus répandus dans le langage politique. En bien, quand il est associé à démocratie. En mal quand il se conjugue avec démagogie ou populisme. Manière de reconnaître que le peuple n’existe pas en soi, comme quelque chose d’immuable à travers le temps. Ou, ce qui revient au même, qu’il y a plusieurs manières d’être peuple : pensons au fascisme, au nationalisme ou au peuple de la Révolution et de la Commune. Pensons aussi à l’ambiguïté essentielle entre le peuple social (les « classes populaires ») et le peuple politique ou national. Qu’entend-on par peuple ? Le tout ou la partie d’une population ? Les deux ! Pourquoi ? Et comment faire peuple ? L’histoire expose plusieurs voies qui, parfois se croisent, souvent divergent ou se contredisent. Que faire avec ce concept impur ?  Peut-il être le nom de l’émancipation ?
Agrégé de philosophie, professeur émérite en classes préparatoires aux grandes écoles, membre du  Groupe d'Étude du Matérialisme Rationnel (GEMR), Ses travaux portent sur Spinoza, l'esthétique et la philosophie sociale et politique. Président de l'Université populaire des Hauts-de-Seine depuis 2012.
Quelques ouvrages récents :
2018 : Les voies du peuple. Eléments d'une histoire conceptuelle, éd.Amsterdam,
2008 : Hegel et l’art , PUF (1ère éd 1989)
2007 :
Pascal et Spinoza. Pensées du contraste : de la géométrie du hasard à la nécessité de la liberté, dir., avec Laurent Bove et Éric Méchoulan, éd. Amsterdam.

Françoise Thébaud :    Au sortir de la Grande Guerre, les Années folles sont-elles émancipatrices pour les femmes ? Le point d'interrogation s'impose et résume le propos. Si les Années folles évoquent une atmosphère d'insouciance et le corps libéré de la garçonne, la situation réelle des Françaises de l'époque est bien plus contrastée et elle diffère selon l'appartenance sociale, le lieu de résidence, le groupe d'âge. Aucune (ou presque qu'aucune) des revendications féministes n'est satisfaite : pas de modification du Code civil, pas de droit de vote mais ouverture aux filles de certaines grandes écoles et création de classes de baccalauréat dans les lycées de jeunes filles. Les femmes sont invitées à rester au foyer et à faire des enfants (lois répressives de 1920 et 1923) mais la mort des hommes au combat a créé des opportunités professionnelles et le secteur tertiaire se féminise. Les femmes sont exclues du politique mais des militantes sont actives dans de nombreuses associations, y compris à l'échelle internationale.
Ancienne élève de l’École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses, spécialiste de l’histoire des femmes, Françoise Thébaud est  professeure émérite d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon et des Pays de Vaucluse.
Publications récentes :

2017 : Une traversée du siècleMarguerite Thibert, femme engagée et fonctionnaire internationale, Belin, 

2013 : Les femmes au temps de la guerre de 14, Petit Bibliothèque Payot,
2007  :Écrire l'histoire des femmes et du genre, Lyon, ENS éditions,

Elsa Dorlin : Comment se défendre quand on est désarmé, sans défense ? Qui peut, qui a le droit de se défendre ? Quels usages de la violence sont-ils perçus comme légitimes ? Pourquoi se défendre ? Quelle est la différence entre le droit à la légitime défense et les pratiques d’autodéfense ? Quel sujet se fait jour alors dans ce recours à la violence ? En quoi la qualification de ce qui violent et de ce qui ne l’est pas constitue un enjeu de pouvoir aujourd’hui ?

Voici les questions qui nourrissent la réflexion de la philosophe Elsa Dorlin. Du jiu-jitsu des suffragettes aux pratiques insurrectionnelles du ghetto de Varsovie, des fusils des Black Panthers aux mouvements sociaux contemporains, elle retrace une généalogie philosophique de l’autodéfense politique.

Elsa Dorlin, est professeure de philosophie (Columbia Institute of Ideas and Imagination). En 2009, elle obtient la médaille de bronze du CNRS pour ses travaux sur le genre. Spécialiste de l’histoire du sexisme et du racisme, elle a travaillé sur la genèse de la nation moderne dans une perspective foucaldienne. Elle a mené une large réflexion sur les épistémologies de la domination en se concentrant sur les pratiques et les expériences vécues des formes de résistance (histoire des résistances esclaves, décoloniales, histoire des pratiques martiales), à partir, notamment, de la pensée de Frantz Fanon et des philosophies et pensées noires (Africaines Américaines et Caribéennes). Ses derniers travaux portent sur une phénoménologie de la violence et le concept d’autodéfense.

Quelques publications récentes :

2017 : Se défendre. Une philosophie de la violence, La Découverte/Zones,

2010 : avec Eric FassinReproduire le genre éd. de la Bibliothèque du Centre Pompidou

2009 : La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française, La Découverte, 2006. 2ème  éd, La Découverte/Poche, 2009,

2008 : Sexe, genre et sexualités : introduction aux philosophies féministes PUF.

Sous le regard d’Emmanuel Lortet et Bernard Leboeuf

Une conférence « gesticulée » adaptée de son livre Rire (Flammarion, 2016)

Yves Cusset :    Philosopher, c'est à apprendre à rire – à moins que ce ne soit l'inverse... Pourquoi, en effet, faudrait-il, à l'instar de Montaigne, "apprendre à mourir" quand rire peut procurer un art de vivre autrement plus joyeux ? Et si le rire avait quelque chose à apprendre à la philosophie ? Rire, une authentique sagesse, mais plus gaie que celle que nous prescrivent d'ordinaire les philosophes. Ils sont d'ailleurs peu nombreux à s'être penchés sur la question, à l'exception notoire de l'inusable Bergson. Pourtant, rire et réflexion ne sont pas antithétiques ! L'auteur, philosophe et humoriste, le démontre avec brio : de l'humour à l'ironie, de l'allégresse à l'hilarité, il examine toutes les facettes du rire, sans jamais oublier de rire. Les philosophes seraient des comiques qui s'ignorent – et que nous-mêmes ignorerions... De Démocrite, et son rire universel, à Schopenhauer, et son pessimisme radical, la pensée philosophique révèle ici tout son potentiel comique.

Yves Cusset, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm), agrégé et docteur en philosophie. Professeur de philosophie à Bordeaux, il a enseigné la philosophie à l'Université, en lycée et à l'IEP Paris. Auteur de plusieurs essais en philosophie politique et philosophie de l’art, il s’est fait connaître hors du champ universitaire par ses ouvrages et spectacles d’humour philosophique. Il joue ses spectacles chaque année au Festival Off d’Avignon.

Parmi ses publications depuis 2005 :

Théâtre et humour

2014 : N'être pas né, La Librairie Théâtrale,

2012 : La Vie rêvée des philosophes, éd. François Bourin,

2008 : La Philosophie enseignée à ma chouette, éd. Max Milo,

2005 : Rien ne sert d'exister, ou Comment trouver la voie quand on part de rien et qu'on ne va nulle part, Le Jardin d'Essai,

Essais

2016 : Rire. Tractatus philocomicus, Flammarion,

Réflexion sur l'accueil et le droit d'asile, éd. François Bourin,

2010 : Prendre sa part de la misère du monde. Pour une philosophie politique de l'accueil, Chatou, éd. de La Transparence,Roman

 : Socrate de Montceau-les-Mines, François Bourin, 2014.

age, et pourquoi le conspirationnisme est irrationnel ou faux. 

Farhad Khosrokhavar : Le jihadisme est un phénomène interne et externe aux sociétés européennes. Son analyse doit se faire selon les classes sociales, le genre, la pyramide d'âge et la structure urbaine où il s'inscrit ainsi que son imaginaire spécifique, en partie déterminée par l'idéologie et en partie par le malaise identitaire.

 

Sociologue, Farhad Khosrokhavar  est  directeur  d'études  à  l'EHESS et directeur de l'Observatoire de la radicalisation à

la Maison des Sciences de l’Homme.

 Ses recherches portent sur la sociologie de l'Iran contemporain, sur les problèmes sociaux et anthropologiques de l'islam en France mais également sur la philosophie des sciences sociales.

Publications récentes (en français) : 

2018 : Le nouveau jihad en Occident, Robert Laffont,

2017 : Le Jihadisme des femmes. Pourquoi ont-elles choisi Daech ?, avec Fethi Benslama, Le Seuil,

Les juifs, les musulmans et la République, avec Michel Wieviorka, Robert Laffont,

2016 : Prisons de France. Violence, radicalisations, déshumanisation : surveillants et détenus parlent, Robert Laffont,

2015 : Le jihadisme, (avec David Bénichou & Philippe Migaux), Plon, 2015.

2014 : Radicalisation, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, coll. « Interventions »,

2009 : Etre jeune dans le pays des ayatollahs, avec Amir Nikpey, Robert Laffont, 2009

2007 : Les Musulmans en Prison en Grande-Bretagne et en France, UCL Presses Universitaires de Louvain au bout de l'humain (avec Thierry Bardini ;  DisVoir 2012). « À quoi sert l'homme ? » (Fayard, 2015).

Pascale Gillot :    Aujourd’hui est massivement à l’œuvre dans les neurosciences et leurs dérivés un schème naturaliste, selon lequel l’ensemble des phénomènes, non seulement mentaux, mais aussi symboliques, historiques et sociaux pourraient être expliqués dans les termes des sciences de la nature, disciplines censées être les modèles de toute scientificité.

   Sous le chef des neurosciences ce naturalisme est au principe d’un très grand nombre de recherches, qui engagent toutes le préfixe « neuro- » : neuro-psychologie, neuro-économie, neuro-droit, neuro-éthique, neuro-sociologie, neuro-esthétique, neuro-psychanalyse, neuro-éducation, etc. En réduisant les phénomènes humains-sociaux-historiques à des phénomènes naturels, ces recherches occultent les déterminismes collectifs et invalident par là même la partition entre l’historique et le naturel qui, dans la seconde moitié du 20ème siècle, irrigua une large part des sciences humaines dans leur opposition à toute entreprise de « naturalisation » du champ social et politique.

Ancienne de l’Ecole normale supérieure Pascale Gillot est Maître de conférences au département de philosophie de l’Université François Rabelais de Tours. Ses travaux portent sur les modèles de l’esprit et de la subjectivité, de la philosophie moderne à la philosophie contemporaine.

Publications récentes :

2016 : avec Daniele Lorenzini  (éd.), Foucault/Wittgenstein : subjectivité, politique, CNRS Editions

2009   : Althusser et la psychanalyse, PUF

avec Pierre Cassou-Noguès (éd.), Le Concept, le sujet et la science : Cavaillès, Canguilhem et Foucault, Vrin

2007 : L’Esprit : figures classiques et contemporaines, CNRS Editions