Journées bleu orange

du 21 au 24 mars 2018

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La plaquette

 

L’affiche


D'hier à demain, la ligne n'est pas toute droite. L'histoire de l'humanité est faite d'allers et retours. Demain, quoi qu’on puisse prétendre, ne fait jamais table rase, ni d’hier, ni d’aujourd’hui.…

Il y a ceux qui valorisent les acquis et la tradition et ceux qui prônent l’évolution, voire la révolution. Entre ces deux attitudes extrêmes, une multitude de conceptions se mêlent.

Les époques les plus violentes soit se crispent dans le refus obstiné de toute innovation, soit, au contraire, génèrent des avancées intrépides, censées annoncer l’avènement radieux des temps modernes. D’autres périodes plus paisibles, plus constructives, privilégient la dialectique entre tradition et modernité.

Bon gré mal gré, aucune société n'échappe à ces questionnements, plus ou moins inconscients, ni à ces positionnements inévitables. La modernité est à venir : un perpétuel retour. « La vraie modernité est dans la réinvention du passé », a écrit le peintre Balthus.

 

Les Journées Bleu Orange s'efforceront, à travers leurs supports « traditionnels » que sont la littérature, la pensée philosophique et historique, le cinéma et le théâtre, de proposer des illustrations, comme autant de matière à réflexion, les 21, 22, 23 et 24 mars 2018.

MERCREDI 21 MARS

Café littéraire

18 h au restaurant Monteverdi

Auprès de toi toujours

Roman de Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature 2017

JEUDI 22 MARS

Écran magique

au cinéma Forum

18 h : Les Temps modernes. Charlie Chaplin. États-Unis. 1936. 1 h 27

20 h : repas au restaurant Monteverdi (sur réservation et dans la limite des places disponibles : coupon de réservation en encart)

21 h : Mon XXème siècle. Ildiko Enyedi. Hongrie. 1989. 1 h 30.

VENDREDI 23 MARS

Agora

20 h 30 au lycée de l'Arc

Conférence 

Marc Lebiez : Modernité ou nouveauté ?

SAMEDI 24 MARS

Théâtre du Rêve Éveillé

18 h à la chapelle Saint-Louis

Jean-Marie Piemme Les Pâtissière

MERCREDI 21 MARS

Café littéraire

18 h au Café-brasserie Monteverdi

Auprès de toi toujours de Kazuo Ishiguro

Né au Japon en 1954, mais élevé au royaume-Uni, Kazuo Ishiguro écrit en anglais. Après des études de littérature et de philosophie dans les universités du Kent et d'East Anglia, il devient travailleur social à Glasgow et à Londres. Il se consacre à l'écriture à partir de 1982, où il publie son premier livre Lumière pâle sur les collines. En 1986, il commence à acquérir une notoriété internationale avec son deuxième roman, Un artiste du monde flottant. Ses deux premières œuvres sont situées au Japon. C’est en 1989 que paraît le plus célèbre de ses livres, cette fois clairement anglais, Les Vestiges du jour, adapté au cinéma par James Ivory en 1993. Il a également écrit un recueil de nouvelles : Nocturnes : Cinq nouvelles de musique au crépuscule. Auprès de toi toujours date de 2005.

 

Dans la première page du roman, deux termes interpellent : « accompagnante » et « donneur ». Ils ne sont pas expliqués. Il faudra avancer dans la lecture pour comprendre peu à peu en quoi consistent ces fonctions. La narratrice évoque son enfance à Hailsham, un pensionnat assez idyllique en apparence, isolé dans la campagne anglaise. Les « élèves » sont sous la responsabilité de « gardiens » qui ont la charge de leur enseigner diverses matières et de développer leur culture artistique, les poussant à créer.

De cette communauté, les rivalités, la jalousie, la méchanceté ne sont pas exclues. Mais Kath, la narratrice, Ruth, à tendance dominatrice et manipulatrice, et Tommy, qui se laisse envahit par ses colères, forment un trio d'amis qui traverse l'enfance et l'adolescence. Lorsqu'ils se retrouvent des années après, jeunes adultes, leurs souvenirs révèlent au lecteur, strate après strate, ce que sont véritablement ces jeunes qui n'évoquent jamais leurs parents et ne le seront jamais eux-mêmes.

Il serait impudent de dévoiler ici le fondement et les ressorts de l'intrigue, à découvrir. Précisons simplement qu'elle fait résonner très fort les problèmes d'éthique scientifique et médicale et interroge l'évolution de nos sociétés occidentales contemporaines.

Remarquablement et subtilement construit, Auprès de toi toujours distille à la fois tendresse et angoisse tout des ses pages rédigées dans un style simple, pur, fluide.

JEUDI 22 MARS

Écran magique

au cinéma Forum

« Tradition et modernité », « l'ancien et le moderne », « hier, demain, aujourd’hui « , voici quelques-uns des titres auxquels vous avez échappé, et qui éclairent quelque peu la thématique choisie pour 2018. Celui qui a finalement été choisi pour les JBO 2018 est volontiers plus sibyllin, plus provocateur : « Moderne, et après ? ».

Ne confondons pas « progrès » et « modernité », les deux termes ne se recouvrent pas réellement. Si la technique y contribue, la modernité ne se résout pas à cela. Elle s'accompagne de changements de mentalités, d’évolution des modes de vie et des mœurs, d'inflexions politiques et sociologiques. La guerre elle-même devient moderne.

Les deux films retenus abordent certains de ses aspects, tantôt avec sérieux, tantôt avec le sourire. Ou avec un sourire grave.

Dans Les Temps modernes, Chaplin a mis en images (et un peu en son) en 1936 les bases d'une suspicion sur les effets positifs du progrès, à sa façon, burlesque et « charlotesque ». En se méfiant lui-même de la modernité, puisqu’ il n'a adopté que du bout des lèvres le cinéma parlant, né près de dix ans plus tôt.

Mon XXème siècle interroge à travers l'histoire de deux sœurs jumelles aux parcours dissemblables les errements qui ont conduit un temps prometteur vers l'apocalypse.

18 h : Les Temps modernes. Charlie Chaplin. États-Unis. 1936. 1 h 27

Broyé par les cadences infernales de l'usine, un petit employé modèle finit par perdre la raison. Hôpital, prison, chômage... Charlot est happé par les rouages de l'industrialisation. Comment se libérer des contraintes de la vie moderne ? Chaplin jette un regard acerbe sur le productivisme des débuts du 20ème. Et au-delà !

Lorsque le film sort, le cinéma parlant a presque 10 ans. Peu enthousiaste, Chaplin fait néanmoins des essais de voix, qu'il abandonne, préférant remplacer les dialogues par une gestuelle importante de ses personnages, jouant sur des sourires, des larmes ou autres expressions, et consolider son film à l’aide d’une musique et d’effets de style. Chaplin savait très bien que la force de son cinéma résidait dans l’utilisation du muet.

Néanmoins Les Temps modernes n’est pas totalement muet : Chaplin fait entendre sa voix lorsque Charlot, engagé comme chanteur, improvise un texte dans un charabia amusant.

Les Temps modernes marque la dernière apparition à l'écran de Charlot, sans doute le personnage de fiction le plus universellement reconnu de l’histoire du cinéma...

20 h : repas au restaurant Monteverdi

(sur réservation et dans la limite des places disponibles : coupon de réservation en encart)

21 h : Mon XXème siècle. Ildiko Enyedi. Hongrie. 1989. 1 h 30.

Caméra d'or à Cannes en 1989.

Le XIXème siècle finissant apporte son lot d'innovation : lumière électrique, télégraphe, cinéma ; les femmes commencent à revendiquer l'égalité avec les hommes. Des années folles qui font naître un espoir formidable et des promesses que le XXème ne tiendra pas : trop de technique et d'idéologie prive l'individu d'une partie de lui-même.

En 1880, deux jumelles voient le jour à Budapest. Ayant perdu leurs parents, elles sont recueillies séparément et vivent des destins divergents. En 1900, elles se croisent sans se reconnaître et, sans le savoir, entretiennent une relation avec le même homme… Leurs aventures rocambolesques à travers le monde et les années composent un film bouillonnant, traversé de fulgurances poétiques, dans un noir et blanc magnifique. Il s'épanouit dans la fantaisie, la tendresse, l'imagination, l'humour.

Premier film d'une jeune Hongroise qui a d'abord suivi des études scientifiques avant de se convertir au cinéma, Mon XXème siècle est un film où l'on se sent heureux.

VENDREDI 23 MARS

Agora    20 h 30 au lycée de l'Arc

Conférence  de Marc Lebiez :

Modernité ou nouveauté ?

SAMEDI 24 MARS

Théâtre du Rêve Éveillé

18 h à la chapelle Saint-Louis

Les Pâtissières

une pièce de

Jean-Marie Piemme

Les pâtissières de ce spectacle ne font plus de gâteaux. Non. Elles sont à la retraite. Ces trois sœurs évoquent leur passé commun, auprès d’un père pâtissier qui faisait leur admiration et leur a transmis sa vocation ; elles conspuent l’évolution du goût et des mentalités qui a précipité leur mise en retrait et en retraite. La vente forcée du magasin a constitué un passage douloureux, qu’elles déplorent. Un promoteur immobilier a joué dans cette transaction un rôle de premier plan. Or il a disparu… Elles n’y sont pour rien, disent-elles. Faut-il les croire ? Un commissaire enquête. Une trame policière intrigue le spectateur…

Au fil des conversations décousues, pas tissées, mais tramées de main de maître par Jean-Marie Piemme, le passé remonte par bribes. Il nourrit leur présent, consacré à ressasser les événements et les espoirs et à ruminer les regrets professionnels, amoureux, familiaux, dans la maison de retraite qui constitue leur dernier refuge. Elles font revivre les personnages de leur vie, amis ou ennemis. Les souvenirs invoqués les font vivre, vibrer, rire et s’apitoyer. Disputes, complicité, réminiscences, malice… tels sont les ingrédients des Pâtissières.

Pour la recette complète, venez voir ce spectacle surprenant et délicieux… comme une pâtisserie.

Mina : Jeanne DECK

Flo : Anne-Marie PONS

Lili : Jackie BOURELLA

Mise en scène : Dominique JULES

Marc Lebiez, philosophe et helléniste, a terminé sa carrière comme Conseiller hors-classe au Sénat (chargé de la rédaction et de la publication des débats parlementaires de la Haute assemblée).. Il a collaboré à La Quinzaine littéraire, il collabore aux revues En attendant Nadeau, Les Temps Modernes et Critique. Il s'intéresse, notamment à l'école gnostique des premiers temps du christianisme et au néoplatonisme.

Il a publié, notamment :

· Éloge d’un philosophe resté païen. Proclos (412-485)  (L’Harmattan, dernière éd. 2000)

· Le Congrès de Bologne, roman (L’Harmattan, dernière éd. 2003),

· Décadence et Modernité, Tome 1 : Homère (L’Harmattan, 2003), Tome 2 : Les Premiers temps modernes (Kimé, 2008),

· Œdipe athée. Les hommes abandonnés par les dieux. (L’Harmattan, 2016),

· Le Culte du nouveau. La gnose dans la modernité (Kimé, 2017).

« Dans le domaine des techniques, le progrès est incontestable et constant car on ne cesse de corriger les insuffisances constatées. La question est de savoir dans quelle mesure la certitude de toujours progresser peut s'appliquer à d'autres domaines. En partie à cause de la fascination exercée par les progrès techniques, notre époque en est venue à faire de l'innovation un des traits caractéristiques de la modernité. Moderne et nouveau sont sentis comme synonymes. Or une réflexion sur l'histoire de la pensée occidentale amène à disjoindre ces deux concepts : ce n'est pas toujours en recherchant la nouveauté à tout prix que l'on a accompli les avancées les plus décisives. A preuve les bien nommés "Temps modernes". »