Les conférences en détail 2015-2016

Le détail  des conférences— débats organisées par AGORA à ORANGE depuis 1989

AGORA         16, rue reine wilhelmine 84100 ORANGE

Téléphone : 04 90 51 71 18
Messagerie : 
AGORANGE2@wanadoo.FR

Pour nous contacter : AssOcIation AGORA

Etienne Klein est directeur de recherche au Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Il a participé à divers grands projets, en particulier la mise au point du procédé de séparation isotopique par laser et l’étude d’un accélérateur à cavités supraconductrices. Au CERN, il a participé à la conception du grand collisionneur de particules européen, le LHC. Il a enseigné pendant plusieurs années la physique quantique et la physique des particules à l’École Centrale de Paris, où il est actuellement professeur de philosophie des sciences. Depuis septembre 2014, il anime chaque samedi soir sur France Culture l'émission La Conversation scientifique.

Ses principaux ouvrages :

· Le temps existe-t-il ?, Le Pommier, 2002

· Les Tactiques de Chronos, 2003 ; Champs Flammarion, 2004 et 2009

· Les Secrets de la matière, Plon, 2008

· Discours sur l’origine de l’univers, 2010 ; Champs Flammarion, 2012

· Anagrammes renversantes, ou le sens caché du monde, en collaboration avec Jacques Perry- Salkow, Flammarion, 2011 et 2013

· En cherchant Majorana, le physicien absolu, éditions des Equateurs, 2013 ; élu meilleur livre 2013 dans la catégorie Sciences par le magazine Lire

· Le Monde selon Etienne Klein, Les Equateurs/France-Culture, 2014

· Y a-t-il eu un instant zéro ?, Gallimard, 2015.

· Les secrets de la matière, Librio, 2015.

Argument de sa conférence :

   D’où vient l’univers ? Et d’où vient même qu’il y ait un univers ? Cette question de l’origine demeure la plus mystérieuse de toutes, la plus vertigineuse, d’où la profusion de discours — mythologiques, religieux ou philosophiques — qui tentent d’y répondre. C’est grâce à la science, aux découvertes de Newton, Einstein, Hubble, Friedmann et Lemaître, qu’on peut retracer le grand récit de l’univers, remonter son histoire à 13,7 milliards d’années, jusqu’à cette phase très dense et très chaude qu’on a appelée le big bang. Mais celui-ci est-il vraiment, comme on l’a imaginé, cette explosion originelle qui aurait créé tout ce qui existe ? Qu'en dit au juste la cosmologie contemporaine ?

Francis Wolff  est philosophe, professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Il a consacré une part importante de son enseignement à la musique.

Ses principaux ouvrages :

   Socrate (PUF, 2000),

Dire le monde (PUF, 2004),

Philosophie de la corrida (Fayard, 2007)

Notre humanité (Fayard, 2010).

Pourquoi la musique ? (Fayard, 2015)

 Argument de sa conférence :

 

  « Lorsque j’étais enfant, j’apprenais la théorie musicale dans de petits manuels  partagés en deux: le livret vert des questions et celui rouge des réponses. La première leçon de la première année était la suivante : « Qu’est-ce que la musique ? » ; et sur le livret rouge, il était écrit : « La musique est l’art des sons ». Quel ne fut pas mon éblouissement, à l’âge de huit ans, en découvrant cette définition. Je ne sais pas si ce fut mon entrée dans la « théorie musicale », mais je crois que ce fut mon entrée en philosophie. Il y avait dans cet énoncé tout le pouvoir magique des formules définitionnelles. Elle concentrait en quelques mots simples le mystère des choses impalpables. Je n’ai guère changé d’opinion : la musique est bien l’art des sons. »

     De cette définition banale, « la musique est l’art des sons », la conférence tirera quelques conséquences jusqu’aux plus éloignées.

Pierre-Henri Castel,  docteur en philosophie et en psychologie clinique et pathologique, est directeur de recherches au CNRS et psychanalyste. Il s'intéresse en particulier à l'analyse épistémologique de la psychanalyse et à sa critique. En philosophie et en histoire des sciences sociales et de la  médecine mentale, il est un héritier de Georges Canguilhem, mais s’oppose sur de nombreux points à Michel Foucault.

Ses principaux ouvrages :

· Introduction à « L'interprétation du rêve » de Freud. Une philosophie de l'esprit inconscient, PUF, 1998.

· La métamorphose impensable. Essai sur le transsexualisme et l'identité personnelle, Gallimard, 2003.

· À quoi résiste la psychanalyse ?, PUF, 2006.

· L'Esprit malade, Ithaque, 2009.

· Âmes scrupuleuses, vies d'angoisse, tristes obsédés, volume 1 : Obsessions et contrainte intérieure, de l'Antiquité à Freud, Ithaque, 2011.

· La Fin des coupables, suivi de Le Cas Paramord. vol. II : Obsessions et contrainte intérieure, de la psychanalyse aux neurosciences, Ithaque, 2012.

Pervers. Analyse d’un concept, suivi de Sade à Rome, Ithaque, 2014

Argument de sa conférence :

   

   On examinera la question angoissante de la possible disparition de l’espèce humaine à un horizon “historique”, dans l’hypothèse, de plus en plus plausible, selon laquelle entre le dernier homme et nous, il y aura moins de temps qu’entre nous et Christophe Colomb. Cet horizon de l’anéantissement de l’humanité a déjà été pensé après la bombe atomique, notamment par Hans Jonas. Que change à ses analyses sur la responsabilité collective des hommes ce que nous savons aujourd'hui du réchauffement climatique, de la montée des inégalités ou de l'épuisement des ressources naturelles? Le Mal qui nous attend est inouï, encore impensé. Voir cette réalité en face nous force aussi à reconsidérer, dès aujourd’hui, ce que nous appelons le Bien.

Magali Bessone est maître de conférences en philosophie politique à l’Université de Rennes 1. Ancienne élève de l’ENS Paris, agrégée et docteur en philosophie, elle travaille sur le libéralisme contemporain, les théories de la justice et la justice pénale internationale ainsi que sur les théories des races et du racisme.

Ses principaux ouvrages :

 

La Justice, (GF Corpus Philosophie, 2000, rééd 2011)

A l’origine de la République américaine, un double projet : Thomas Jefferson et Alexander Hamilton (Michel Houdiard, 2000)

traduction commentée de W. E. B. Du Bois, Les Âmes du peuple noir, Presses de l’ENS, 2004, rééd La Découverte, 2007

 avec Michaël Biziou : Adam Smith, philosophe : de la morale à l’économie ou philosophie du libéralisme, Presses Universitaires de Rennes, 2009

Sans distinction de race ? Une analyse critique du concept de race et de ses effets pratiques (Vrin, 2013)

Race, racisme, discrimination (Hermann, novembre 2015)

 

Argument de sa conférence :

   On estime parfois que le racisme, idéologie soutenant le caractère essentialiste de "races humaines", accompagnée de représentations infériorisantes et dévalorisantes de certaines races, est la seule source des discriminations raciales ou ethno-raciales - c'est-à-dire de comportements différenciés et provoquant un impact négatif, visant des individus en raison de leur appartenance à une race supposée. Or les études montrent que les discriminations se produisent souvent en réalité de manière non intentionnelle, voire totalement à l'insu des agents, qui professent de bonne foi une détestation du racisme. Tenir compte des biais et distorsions cognitives des agents permettrait de mettre en place une législation plus adaptée et moins culpabilisante et de lutter plus efficacement contre le racisme aujourd'hui.

Jean-Claude Fondras est médecin, praticien hospitalier honoraire et docteur en philosophie. Il a exercé en milieu hospitalier comme anesthésiste-réanimateur avant d'être responsable d'un service de traitement de la douleur et de soins palliatifs.  Ses recherches concernent des questions de philosophie et éthique de la médecine : le corps, la douleur, le vécu de la maladie, la médicalisation et ses techniques.

 

Ses principaux ouvrages :

 

Santé des philosophes, philosophes de la santé (Editions Cécile Defaut, 2014) ;

 La douleur – Expérience et médicalisation (Les Belles lettres, 2009).

 

Argument de sa conférence :

  

   Qu’est-ce que la santé ? L’absence de maladie ou plus que cela ? Un état naturel ou une construction sociale ? Comment l’idée, mais aussi l’expérience de la santé se présentent-elles à nous, quand nous l’avons perdue, recouvrée ou bien  lorsque nous entreprenons de la conserver ou de l’améliorer ? Ces questions, que de grands philosophes, de Platon à Nietzsche, ont autrefois posées, se trouvent aujourd’hui reprises par d’autres penseurs s’attachant à décrire et à interpréter la santé, à l’envisager comme un devoir ou comme un droit, à examiner ses liens à la technique et enfin, à poser la question centrale des rapports entre santé, bien-être et bonheur.

Benjamin Orcajada  est peintre, a été professeur de philosophie, sculpteur, poète, marin en Grèce et ailleurs. Il a participé à des émissions de radio. Aujourd’hui, outre la peinture et l’écriture, il anime des cafés philo en Provence où il réside. Il vient de publier un essai d'esthétique : Voir et savoir. De la Peinture à la philosophie.

Peinture et philosophie

   A première vue tout sépare la peinture et la philosophie. Celle-ci se meut dans la sphère pure du concept et a une vocation cognitive. La peinture, elle, est de l’ordre du savoir-faire, d’un art, au sens premier qu’on donne à tout travail d’artisanat. C’est à partir de réflexions générales sur l’art, ses significations possibles, les valeurs de  beauté et de perfection qu’il véhicule, que les philosophes de Platon à Hegel ont abordé la peinture. Les philosophes modernes ont été plus attentifs au concret. Peintres et philosophes cheminent désormais côte à côte.

 

Cézanne et la philosophie

 

   En 1960 le phénoménologue Merleau-Ponty rédige son dernier écrit : L’Oeil et l’esprit. Il y revient à Cézanne. Depuis l’injonction de Husserl «retour aux choses mêmes» l’approche phénoménologique bouleverse nos habitudes de pensée et nos clichés. Ce que nous expérimentons d’abord, avant toute pensée spéculative, voire scientifique, c’est, dans la perception, un entrelacement du moi et du monde. «Le philosophe demande à voir» dit Merleau-Ponty. Or celui qui sait voir c’est le peintre, et tout particulièrement Cézanne

Marc Jimenez est philosophe. Professeur émérite à l'Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, il dirige, depuis 1986, la Collection d'Esthétique aux éditions Klincksieck. Il est membre de l'Association internationale des critiques d'art (AICA).

 

Ses principaux ouvrages :

· Qu'est-ce que l'esthétique ? Gallimard, Folio Essais inédit, 1997 ;

· La querelle de l'art contemporain, Gallimard, Folio Essais inédit, 2005 ;

· Fragments d’un discours esthétique, Klincksieck, 2014 ;

· Nietzsche, une lecture des derniers poèmes, sous presse, Encre marine, 2016 ;

Art et technoscience, sous presse, Les Belles-Lettres/Klincksieck, 2016.

Argument de sa conférence :

 

     Les scandales jalonnent l'histoire de l'art occidental. "Crier au scandale" devant une œuvre d'art, c'est s'indigner de transgressions qui semblent remettre en cause des systèmes de valeurs établies, sur les plans artistique, esthétique, moral, religieux, social ou politique.

    Toutefois, ces transgressions n'ont pas la même signification suivant les époques. Celles pratiquées de la Renaissance à la fin du 19ème siècle ne remettent pas en cause le principe de « l’imitation de la nature ». Les avant-gardes du début du XXe siècle font table rase de la tradition, mais conservent intacts les concepts d'art et d'artiste.

    Est radicale, en revanche, la transgression héritée des readymade de Marcel Duchamp : dénégation du goût, irruption du banal, célébration du seul geste inaugural de l'artiste au détriment de l'objet d'art.

   Depuis une quinzaine d'années, le scandale "artistique" devient l'une des stratégies obligatoires d'un art contemporain exhibitionniste, extrémisé, et "hors limites", parfaitement en phase avec les dérégulations de l'économie libérale. Mais s'agit-il encore vraiment d'un scandale ?

Depuis Thomas More, l'utopie née de la critique du réel est inscrite dans le devenir humain. Nombre d'utopies au XIXe siècle ont été à l'origine de transformations sociales restées inachevées. Aujourd'hui l'impasse semble totale, entre l'échec des modèles "communistes" transformés en totalitarisme, la « fin de l'histoire » annoncée par Fukuyama et la certitude affichée du triomphe du libéralisme. La renaissance de l'esprit utopique permet de sortir de deux siècles d'étouffements et d'illusions. L'utopie serait-elle à l'origine d'un renouveau du "principe espérance" ? 

  Michèle Riot-Sarcey  est professeur émérite d'histoire contemporaine et d'histoire du genre à l'université Paris-VIII-Saint-Denis, militante et historienne du féminisme. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages et articles sur l'histoire politique du XIXe siècle, sur les utopies, sur le féminisme et sur la question du genre.

Charles Girard est maître de conférences en philosophie à Université Jean Moulin Lyon 3 et membre de l’Institut de Recherches Philosophiques de Lyon. Ses recherches s’inscrivent en philosophie politique, en philosophie du droit et en philosophie des sciences sociales. Elles portent en particulier sur les théories de la démocratie, la liberté d’expression et les droits fondamentaux. Il dirige la collection L’avocat du diable aux éditions Hermann et participe aux comités des revues Participations, Raison publique et Éthique, Politique, Religions.

Ses principaux ouvrages :

Philosophie des sciences humaines. Concepts et problèmes, (dir. avec Florence Hulak) Vrin, 2011

La démocratie délibérative. Anthologie de textes fondamentaux, (éd. avec Alice Le Goff),Hermann, 2010

Argument de sa conférence :

     La démocratie ne saurait se réduire à l’élection, ni la citoyenneté au droit de vote. Le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple exige en effet que s’expriment et s’affrontent non seulement des choix privés et des intérêts particuliers, mais encore des visions du bien commun. Il se distingue donc, en tant que régime politique, par le rôle singulier qu’y joue le débat public, et par la possibilité donnée à chacun et chacune d’y faire entendre sa voix. C’est la délibération ouverte à tous, sur la place publique comme dans les assemblées, qui fait la démocratie, de l’Athènes de l’âge classique aux petites républiques modernes. Mais quel sens peut encore revêtir l’idée d’un régime où les citoyens se gouvernent eux-mêmes en délibérant ensemble dans des sociétés de masse ? Sa portée critique peut-elle être préservée dans des régimes où la communication publique est structurée par les médias ? Pour saisir ce qui persiste de l’idée de démocratie lorsque le mot, devenu omniprésent, habille les formes d’échange les plus asymétriques et inégalitaires il faut revenir sur la visée, les conditions et les promesses de la délibération des égaux.